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Naviguer vers la durabilité : Réduire l’impact environnemental de la construction des bateaux de course
Depuis des décennies, les bateaux de course sont à la pointe de la technologie marine. Ils sont construits pour tester les limites de la vitesse, de la résistance et de l’endurance, où chaque gramme compte et où chaque décision de conception est examinée à la loupe pour gagner en performance. De nombreuses solutions composites aujourd’hui utilisées dans les bateaux commerciaux et de plaisance ont d’abord été éprouvées sous la pression des bateaux de course compétitifs.
Pourtant, ces dernières années, les projecteurs se sont braqués sur le développement durable, qui est devenu une préoccupation de plus en plus courante dans le monde de la course. Des questions sont désormais posées sur le coût environnemental de la construction de ces navires hautement optimisés et sur la manière dont la communauté des bateaux de course peut réduire son impact sur l’environnement sans nuire à sa compétitivité.
C’est là que l’analyse du cycle de vie (ACV) a apporté des éclaircissements. Des études sur les nouvelles constructions de l’IMOCA entre 2020 et 2024, du berceau à la porte, montrent que plus de 75 % du potentiel de réchauffement de la planète, ou tCO2eq, provient des matériaux et de l’outillage. L’outillage représente à lui seul 44 % des émissions, suivi par la plate-forme de la coque (32 %), les foils, les appendices et les gréements constituant le reste. Ces informations mettent en évidence des domaines très spécifiques dans lesquels des changements peuvent produire des résultats significatifs.
La classe IMOCA a déjà réagi à ces conclusions. Depuis 2024, les nouvelles constructions doivent respecter un budget CO₂ strict, avec des pénalités en cas de non-respect. Les équipes sont encouragées à partager les moules entre les campagnes, ce qui prolonge la durée de vie de l’outillage et réduit l’empreinte associée à chaque nouvelle coque. Un outil d’ACV simplifié a également été introduit, donnant aux concepteurs la possibilité de quantifier les compromis et de sélectionner des solutions qui équilibrent la vitesse, la résistance et la durabilité. Ces mesures montrent comment les règles techniques, lorsqu’elles sont bien ciblées, peuvent remodeler les pratiques du secteur.
Images © Antoine Auriol / Team Malizia
Au-delà de la construction, d’autres séries s’intéressent à l’impact de la phase d’utilisation. La SailGP, par exemple, publie désormais chaque saison un rapport détaillé sur les objectifs, qui fait état non seulement des émissions opérationnelles, mais aussi des progrès accomplis par rapport aux objectifs de développement durable à long terme. Ce niveau de transparence montre que le défi ne se limite pas au chantier naval, mais qu’il s’étend à l’ensemble du cycle de vie de la voile de compétition.
Le choix des matériaux est au cœur du problème. La fibre de carbone offre des performances inégalées, mais elle a aussi le coût environnemental le plus élevé, et plus le module est élevé, plus l’impact est important. Malgré cela, ses avantages en termes de durabilité et de performance peuvent justifier son utilisation lorsqu’elle est appliquée de manière réfléchie. Dans le même temps, de nouvelles options apparaissent, notamment les fibres recyclables et les résines biosourcées, et les recherches en cours sur le recyclage des composites en fin de vie contribuent à boucler la boucle. Ce mélange d’ancien et de nouveau élargit la boîte à outils à la disposition des concepteurs, permettant des combinaisons plus intelligentes de matériaux pour équilibrer les performances et la durabilité sur la base d’un projet à la fois.
Le concept de sobriété est tout aussi important. Il s’agit de construire moins de moules, ce qui prolonge la durée de vie des bateaux. Des exemples pratiques existent déjà, comme les Class40 et Multi50, qui ont des règles limitant l’utilisation du carbone, tandis que la Coupe de l’America a imposé des limites sur les matériaux des moules. Même les matériaux des quilles sont soigneusement contrôlés, ce qui montre que les règles des classes n’influencent pas seulement l’équité, mais aussi la durabilité. En effet, si des matériaux comme l’uranium (historiquement utilisé pour sa densité supérieure à celle du plomb) ou même l’or (19,28 T/m³, soit environ 1,7 fois plus dense que le plomb) pourraient en théorie rendre un bateau plus rapide, il est facile de comprendre pourquoi de telles options ne sont pas raisonnables. Les règles permettent d’éviter ces extrêmes et garantissent que la compétition reste pratique, sûre et responsable. Ce faisant, elles réduisent à la fois les émissions et les coûts, deux éléments cruciaux dans un sport où les budgets et la responsabilité climatique font l’objet d’un examen minutieux.
Ce qui rend ces avancées particulièrement puissantes, ce n’est pas que les solutions pour les voiliers de course puissent être simplement copiées ailleurs, mais plutôt le processus d’utilisation de l’analyse du cycle de vie pour comprendre où les émissions se produisent et quels sont les leviers les plus importants pour chaque application. Dans le domaine de la voile de compétition, les moteurs uniques sont les nouveaux moules de coque, l’outillage à haute température et les constructions uniques. Dans d’autres secteurs, comme les ferries ou la navigation commerciale, le bilan CO₂ est très différent, la plupart des émissions provenant d’années d’exploitation, et les compromis de conception doivent donc refléter cette réalité. Le véritable avantage du monde des bateaux de course est d’apprendre à analyser et à équilibrer ces facteurs, en veillant à ce que chaque projet trouve sa propre voie pour réduire l’impact sans supposer qu’un matériau ou une approche est universellement bon ou mauvais.
Chez Gurit, nous considérons le développement durable comme un défi technique tout aussi exigeant que l’optimisation des performances. En combinant des matériaux composites avancés et une expertise en ingénierie, nous aidons les équipes et les classes à équilibrer la transition entre compétitivité et responsabilité environnementale, et nous pensons que les bateaux de course peuvent continuer à montrer comment l’industrie maritime peut relever le défi du climat tout en conservant son esprit de compétition.
Cet article a été rédigé par Yoan Stephant, ingénieur concepteur principal chez Gurit, et a été publié à l’origine dans le magazine Flexi de la Composites Association of NZ.